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    Kleman Dunn
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    le Mer 2 Sep 2020 - 0:15
     Je grince des dents.

    Sous la lumière chaude du feu de camp tout le monde a l'air de s'amuser. Comme chaque fois qu'elles participent, la victoire du Capture l'Etendard est affichée à la table d'Artémis. Pour une fois, même ses chasseresses donnent l'impression de dérider leurs visages figés dans le temps. La soirée ressemble à un joyeux bordel. Deux pensionnaires du bungalow de Dionysos déjà bien allumés, ont décidé d'accompagner les chanteurs de la table d'Apollon dans un concert de chansons payardes ravissant leur public affamé. Le sol jonché de confettis pailletés ressemble à une boule à facette et même les enfants d'après n'ont pu se résoudre à faire leurs têtes de cochons. Chiron bat la mesure tout sourire tandis que les satyres se lancent dans une gigue plus ou moins maîtrisée.  

    Toute cette joie me donne envie de vomir. Tout est trop bruyant, trop exubérant, trop enthousiaste pour moi. Ce n'est pas la défaite de ce jeu stupide qui me retient. Non. Chiron nous a annoncé juste avant le début de la fête, une nouvelle quête. Après le dragon sur la plage de Jacob Riis, j'avais imaginé pouvoir bénéficier d'un peu de répit mais les dieux n'étaient pas de cet avis. Une nouvelle quête, impliquant beaucoup de pensionnaires dont j'ignorais l'existence. Séparés en petits groupes nous avions tous pour objectif de parcourir le Labyrinthe à la recherche d'informations sur le Tortionnaire. Demain, je devrais partir avec Rhylan, Eidan, Calypso, Rider et Paloma. Je le sentais très mal.
    De plus, j'avais eu l'occasion de glaner quelques infos sur ce fameux dédale caché auprès de la peluche licorne... c'était quoi son prénom déjà.... Brooklyn ! Oui c'est ça ! Bref, rien qi ne m'avait particulièrement donné envie d'y mettre les pieds. Disons, que j'avais d'autres projets de destination.

    Mais je n'avais pas trop le choix et l'annonce m'avait coupé l'appétit. Je me retrouvais donc seul à ma table, autant à l'écart que faire se peut, à fixer en silence mon assiette vide incapable de me décider sur mon dîner. Alors que les groupes se levaient tour à tour pour le rituel d'offrande, j'avais finalement jeté mon dévolu après un jet de pièce et demandé la même chose que l'assiette d'un gamin à la table de Déméter : ce qui ressemblait à un mélange de légumes vapeur divers.
    Le groupe de Rider tout juste de retour à leur table, je me levais ignorant tous les regards que j'imaginais me transpercer. J'étais devenu assez doué à ce petit jeu là : ignorer les regards qu'ils soient réels ou non, de personnes que je connais ou non. Après la quête et la discussion inévitable, ça m'avait paru la façon la plus simple de gérer tout ça. Enfin devant le brasero, je deversais la moitié de mon plat dans les flammes à contre cœur. Pas de prière, pas de vœu. Juste de la nourriture gâchée par tradition. Un coup de vent projeta la fumée dans ma figure me faisant reculer pour éviter de me brûler les yeux. Si c'était ça la terrible vengeance des dieux pour mon manque de considération, je pouvais l'endurer.  
    Avant d'aller me rasseoir, je plongeais ma main dans ma poche et en sortais une feuille roulée en boule. Je poussais un soupir. Et une de plus. Sans regarder, je la lançais dans le feu. Une de plus...

    Je me fis bousculer par l'arrière train d'un satyre au comble du bonheur en retournant à ma table, écrasant le reste de mes légumes sur mon t-shirt. Je lui lachais mon regard de la mort-qui-tue, lui faisant perdre son sourire niait et reposais mon assiette sur le marbre avant de m'attaquer mollement à la vider.

    Journée de merde. Colonie de merde. Vie de merde.

    Putain.


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    le Mar 15 Sep 2020 - 19:39
    Elle mangeait seule, ignorant obstinément les chasseresses qui bavardaient à quelques mètres d’elle. Elle mangeait seule, le regard rivé sur sa tartine chèvre-miel pour ne pas jeter des regards haineux sur June. Elle mangeait seule, ou plutôt elle faisait semblant, agitant distraitement son couteau et sa fourchette, découpant des morceaux qui n’atteignaient jamais ses lèvres. Elle mangeait seule, parce que la colère en elle montait, encore et encore, si haut qu’elle n’était pas sure de pouvoir la retenir en elle si elle se trouvait face à quelqu’un.

    La Grande Quête avait enfin commencé. Sans elle.

    La veille, elle ne s’était pas jointe aux autres pour célébrer la victoire, sa victoire, leur victoire. Elle s’était repliée dans son bungalow juste après l’annonce de Chiron concernant les groupes. Elle ne voulait pas leur souhaiter bonne chance, et ne parvenait ni à se couler dans l’ambiance festive, ni dans la mélancolie des adieux. Elle n’avait pas d’amis, plus d’amis, de toute manière. Elle n’avait rien ni personne à perdre, et pourtant ce ne serait pas elle qui risquerait sa vie le lendemain. Alors elle avait échafaudé un plan, bornée qu’elle était, un plan infaillible pour prendre la place de quelqu’un d’autre. Altérer son apparence, faire en sorte qu’une des chasseresses arrive en retard au rendez-vous, et entrer, tout simplement. Une fois la supercherie découverte, il serait de toute manière trop tard pour faire marche arrière.

    Mais ses pouvoirs étaient trop faibles. Elle ne pouvait garder son apparence assez longtemps pour le discours de Chiron, et June veillait, empêchant que les chasseresses désignées ne soient arrêtées avant la Quête.

    Alors Billie s’était résignée.

    Poussant un soupir, elle se leva, son assiette encore presque pleine dans la main. Elle en déversa le contenu dans un brasero, par simple réflexe, sans même prononcer une prière – à quoi bon puisque les précédentes n’avaient pas été entendues ? Les yeux rivés vers le sol plutôt que vers les cieux, elle décida que désormais elle ne prierait plus, ni pour Artémis, ni pour Aphrodite qu’elle avait invoquée ces derniers jours, espérant que l’Amour comprendrait le désir de vengeance, que l’Amour soutiendrait toutes ses folies. Mais sa mère n’avait jamais été là, ni quand Sara avait disparu, ni même quand Billie s’était détournée de tout ce qu’elle représentait. Sa mère, et tous les dieux avec elle – même Artémis, car elle aurait pu réagir, aurait pu intervenir à l’encontre des décisions de June – l’avaient abandonnée. Billie était seule, invisible au milieu des bavardages bien plus ténus que d’ordinaire dans le réfectoire, le regard perdu dans le vague et hypnotisé par la danse d’une boulette de papier secouée par la brise et coincée entre deux dalles.

    L’un des coins se détachait de la forme vaguement froissée du papier, révélant des mots qu’elle ne parvenait pas à lire, et une petite forme colorée aussi, comme un fragment de dessin. D’ordinaire, Billie ne ramassait pas les déchets, laissant aux autres le soin de les jeter – car après tout ce n’était pas sa faute s’ils étaient sur le sol – mais quand elle se pencha pour se saisir de la feuille qui trainait, elle n’était pas mue par des intentions écologistes, mais simplement par une curiosité exacerbée par son ennui. Le papier n’avait sans doute rien d’important, peut-être était-ce une simple liste de course, les règles du capture l’étendard, un message d’insulte ou un classement des dix pensionnaires que tout le monde rêve d’embrasser. Elle ne s’attendait à rien, cherchant simplement un point d’ancrage pour son attention, quelque chose qui la détourne de sa frustration, et c’est avec précaution qu’elle déplia le papier pour en lire les premiers mots.

    Salut,

    Ça y est. Nous y sommes. Toi et moi, à la dernière lettre.


    Elle regarda autour d’elle, s’assurant avec une pointe d’angoisse que personne ne l’avait vue assouvir sa curiosité, une curiosité qui ne cessait de grandir à mesure que ses yeux dérivaient sur les lignes. Chacun était trop absorbé dans sa conversation pour la remarquer, même en pleine lumière, au milieu du déjeuner. Soulagée, elle replia vite la feuille pour la fourrer dans sa poche, laissant son assiette sur la table qui jouxtait le brasero, la ou elle l’avait laissée pour s’occuper du papier – de la lettre – pour se diriger vers le bungalow d’Artémis et poursuivre sa lecture.

    *

    Assise sur le siège du piano, les écouteurs vissés dans les oreilles, Billie se remit à sa lecture. Elle n’était pas restée longtemps sur son lit, car Mara était entrée, Mara qui aimait trop les rumeurs, Mara, bien trop curieuse, Mara, si indiscrète aussi. Alors Billie avait dissimulé la lettre et avait pris son vieux baladeur avant de se réfugier dans la salle d’art, vide en cet après-midi ensoleillé.

    Quand tu liras ces mots, je serais parti depuis longtemps. Donc sache que je vais bien, que je suis prêt et par dessus tout, sache que je t'aimerais toujours. Parfois, je m'inquiète pour toi. Puisque j'imagine qu'après ton départ, tu ne reviendras pas par ici avant un bon bout de temps, et que tu es peut-être toute seule — ce que tu ne devrais jamais. Tu n'es pas franchement douée pour ça — ne reste pas seule, Théa.

    Elle plissa les yeux, maudissant sa dyslexie tandis qu’elle lisait avec effort, mille questions tourbillonnant dans sa tête. Qui était Théa ? Le prénom ne lui disait rien, ou peut-être était-ce un diminutif ? A moins qu’elle soit extérieure à la Colonie, une sœur peut-être, ou une amie, ou peut-être plus que ça... Qui était-elle pour ce mystérieux auteur qui se souciait tant de son bien-être ? Ne reste pas seule. Billie pouvait presque entendre Sara, et les mots ravivaient autant la douleur qu’ils ne la soulageaient. Car Billie était seule. Et cet inconnu, qui ne lui avait peut-être jamais parlé, semblait s’adresser à elle aussi directement que s’il l’avait toujours connue. Qui était-il ? Où était-il ?

    Parti.
    Comme Sara. Un mirage. La dernière lettre. Un adieu.

    Je voudrais arracher cette dernière feuille, comme ça il n'y aurait pas de fin. Je déteste les fins. Mais le pire c'est que je savais que ça allait arriver. Je l'ai toujours su au fond de moi. C'est ce qui arrive toujours.

    Toujours. Toujours les liens se délitaient. Toujours les proches partaient. Toujours on risquait de perdre l’autre. Et toujours cela arrivait, inévitablement. Et toujours, cela surprenait, toujours cela blessait. Toujours, toujours, toujours. Et se couper du monde était l’unique issue possible à l’inéluctable.

    Billie avait mal à la tête. Les lettres se confondaient entre elles et les mots n’étaient plus qu’un amas informe. Alors elle replia la missive avant de la glisser de nouveau dans une poche. La concentration lui faisait défaut, et il était temps de se changer les idées.

    Elle se leva et monta le son.

    *

    Elle s’écroula sur son lit dans le bungalow vide, ses mains agrippant les draps comme si sa vie en dépendait, la tête plongée dans l’oreiller qui avait perdu toute trace de son parfum, cette odeur qu’elle n’avait jamais oubliée. Le soleil brillait encore dehors mais elle ne voulait pas le voir, et elle ne voulait pas entendre les cris et les rires qui lui parvenaient, du terrain de volley-ball, semblait-il. Elle les entendait à peine, ces bruits étouffés par les paroles de June qui résonnaient avec le force d’un marteau piqueur dans sa tête. Tu n’aurais pas été utile ailleurs. Alors, Billie restait la, immobile, inutile, seule, des sanglots coincés dans le fond de sa gorge nouée.

    Ne reste pas seule.

    La lettre était toujours dans sa poche, bout de papier fripé que ses mains tremblantes mirent quelques temps à déplier, que ses yeux embués mirent quelques temps à déchiffrer.

    Encore aujourd'hui je me demande si j'aurais pu faire quelque chose de différent, quelque chose qui aurait changé toutes les secondes que j'ai perdu depuis ce jour. Pratiquement toutes les nuits même. Et tous les matins, je me sens coupable de m'être endormi sans une réponse. Mais peut-être que ça ne sera plus nécessaire. 
    Et je t'imagine me sermonner et bouder jusqu'à ce que je me remette à sourire ; et ça me ferait presque rire parce que tu ne tiendrais même pas cinq minutes avant de retrouver ta joie de vivre et de m'emmener dans tes aventures.

    S'il est temps de partir, souviens-toi de ce que tu m'as laissé. Merci de m'avoir fait sentir spécial, même après tout ce temps, même dans ton silence. 


    Et Billie pleurait, pour de bon, cette fois. Chaque larme qui dévalait ses joues portait un peu de sa culpabilité, chaque sanglot résonnait avec sa colère, chaque inspiration chaotique était guidée par ses angoisses. Les mots la transperçaient tels des lames, car ils ne lui rappelaient que trop bien ce qu’elle vivait, ce qu’elle ressentait, ce qu’elle désirait. Les mots lui faisaient mal car ils auraient pu être les siens. Les mots s’incrustaient en elle, jouant à saute-mouton avec ceux de June.

    La vie des autres chasseresses est plus importante que ton ego, Billie.

    Merci de m’avoir fait sentir spécial, même après tout ce temps, même dans ton silence.


    Elle prit quelques inspirations avant de se plonger avec avidité dans la suite de sa lecture.

    Et fais une dernière chose pour moi. Il y a une fille aux cheveux de rivière et aux yeux de lune qui attend dans un coin de l'univers. Elle a déjà attendu très longtemps alors elle va avoir besoin de beaucoup d'espoir. Trouve-la. Et raconte-lui une histoire. Dis-lui que si elle est encore un peu patiente, un jour viendra où elle ne sera plus seule. Elle retrouvera les étoiles, les grains de sable et les rires. Elle retrouvera les rêves et toutes nos promesses. Elle retrouvera sa famille.

    Dis-lui que j'arrive.


    Cela sonnait comme une promesse. Celle de jours meilleurs, celle d’une clarté retrouvée après une trop longue errance dans l’obscurité, celle d’un avenir où elle ne serait plus seule, où elle se donnerait le droit de ne plus être seule.

    Et Billie avait presque envie d’y croire, de s’accrocher à cet espoir, si infime soit-il.

    Mais la promesse ne lui était pas adressée. Elle était seule, dans un bungalow qui n’était même pas le sien, dans un lit que l’ancienne occupante avait quitté depuis bien longtemps, trop longtemps. Elle était seule, avec pour unique compagnie un brouillon parsemé de ratures, une feuille qui n’était destinée qu’à trouver le chemin de la poubelle. Elle était seule et elle se donnait l’illusion de ne plus l’être, se plongeant encore et encore dans la lecture d’une lettre qu’elle commençait à connaître par cœur, au point de savoir où étaient les mots barrés, au point de voir la couleur bleutée du stylo même derrière ses yeux clos.

    Elle n’était pas seule. Il y avait Théa. Et Billie s’accrochait à la certitude plus qu’incertaine de l’existence de cette inconnue.

    Dis lui que j’arrive.

    *

    Ses doigts traçaient le contour du logo noir et blanc qui ornait le papier. Il ressemblait à un blason, aux symboles abstraits, flanqué d’une phrase écrite si petit que Billie venait seulement de la déchiffrer, après deux jours d’observation attentive.

    Unis nous grandirons.

    Ça ressemblait à un mauvais slogan pour des élections municipales. Les yeux de Billie vagabondaient sans cesse du texte au logo, à la recherche de chaque indice lui permettant d’identifier le mystérieux auteur. Mais il fallait se rendre à l’évidence : tout était trop vague pour qu’elle puisse deviner quoi que ce soit. Elle ne connaîtrait jamais l’inconnu qui avait écrit ces mots si justes.

    A moins que...

    L’idée la taraudait depuis deux jours, sans qu’elle n’ose la mettre en application. C’était insensé. C’était futile. Toutes les règles de la probabilité étaient contre elle.

    Il ne verrait jamais son message. Il ne lirait jamais sa réponse. Elle aurait écrit dans le vide, perdant un temps précieux pour l’entraînement.

    Et pourtant... pourtant elle voulait essayer. Pourtant, l’espoir venait lui murmurer à l’oreille que c’était possible. Que peut-être, ses mots seraient lus. Que peut-être, une réponse lui parviendrait. Même s’il y avait seulement une chance sur un million, elle pouvait la tenter. Qu’est-ce que cela pourrait lui coûter ? Quelques heures, et un peu d’encre. Un morceau de son âme aussi, une sincérité qu’elle n’avait pas l’habitude de montrer, et dont elle souhaitait faire cadeau à un parfait inconnu.

    Tu es impulsive.

    June avait raison. Alors, Billie cessa de retourner le papier entre ses doigts. Elle l’étala précautionneusement sur son album photo et se saisit d’un stylo noir, pour trancher avec la couleur utilisée par le premier émetteur. Et elle écrivit. Elle batailla des heures durant, avec ses idées confuses, son attention aléatoire et ses difficultés orthographiques et grammaticales. Elle fit un long et éprouvant travail pour se mettre, bien que partiellement, à nu, sur un papier. Jamais elle n’avait fait ça auparavant, ni dans un journal intime, ni – et encore moins – pour une correspondance. Elle avait tant de mal à exprimer ses sentiments à l’oral, qu’il lui aurait paru incongru, quelques jours plus tôt, de penser à les coucher sur un papier, au mépris de sa dyslexie. L’adrénaline de la nouveauté la poussait en avant, encore et encore. Assise sur son lit, elle s’échina à écrire, marquant des pauses chaque fois qu’une de ses sœurs entrait dan le bungalow pour chercher quelque chose, sa lettre dissimulée sous un oreiller tandis qu’elle se saisissait d’un magazine quelconque. Et quand elle fut satisfaite de son œuvre, elle froissa précautionneusement le papier, de manière à reproduire une boulette similaire à celle qu’elle avait trouvée quelques jours plus tôt.

    *

    Ce soir la, Billie ne dîna pas seule. Elle qui n’avait grignoté qu’un abricot pour le déjeuner, se servit une énorme assiette qu’elle engloutit, entourée de ses sœurs, partagées entre l’incrédulité et l’amusement. Certes, elle ne parlait pas à June et s’efforçait de ne pas la regarder, mais elle participa tout de même à quelques bavardages et se jura de ne plus manquer un seul entraînement en compagnie de ses sœurs, qu’elle avait délaissées ces derniers jours, mue par sa rage et sa jalousie. Le repas fut calme, et bientôt les chasseresses et les quelques pensionnaires restants vidèrent le réfectoire.

    Billie s’eternisa, et fut la dernière à faire son offrande, le cœur battant. Elle pria pour que son message atteigne son destinataire, bien qu’elle soit restée vague au cas où un autre le lirait à sa place. Elle plaça sa lettre près du brasero où elle avait été trouvée, entre deux dalles, et se détourna pour rejoindre son bungalow.

    Désormais, c’était au tour de Tyché de jouer en sa faveur.


    To you alone [Billie/Kleman] 4edh
    Merci Solan, pour cette beauté ♥️
    Merci Nathantdetalent:
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    To you alone [Billie/Kleman] Empty Re: To you alone [Billie/Kleman]

    le Dim 1 Nov 2020 - 22:32


    Salut,

    Avant toute chose, je ne suis pas celle que tu attend. Et je préfère briser net tous tes espoirs avant qu’ils ne gonflent et prennent toute la place dans ton cœur. Parce que l’espoir est cruel, et il est toujours suivi d’une déception. Parfois, le seul moyen d’y survivre est d’être déçu par avance.


    Mes yeux commencèrent à me piquer. Je les fermais momentanément. Sûrement la fatigue. Une longue inspiration et je fixais le plafond de mon bungalow dans l'espoir idiot que les larmes qui me menaçaient allaient s'évaporer ou retomber là d'où elles venaient. Et en l'absence d'un quelconque effet souhaité, j'avais soupiré en fixant le bout de papier entre mes mains. Sur la face, sous le blason, je reconnaissais mes propres mots, ceux que je ne voulais pas relire. Mais au dos s'étalait une plume inconnue, fine, légère et pourtant si brutale. C'était trop. Trop pour ce soir du moins. Lentement, j'avais plié par dessus les rainures qu'avait laissé mon premier poing rageur par dessus. Je l'avais glissée sous le seul objet de valeur en ma possession que j'avais négligemment abandonné sur l'unique petit bureau. La casquette.

    Je m'étais levé puis affalé sur mon lit avec un grognement de douleur, bien décidé à m'endormir sans même retirer mes chaussures. Je ne voulais plus faire d'efforts. J'avais été autorisé à retourner dans mon bungalow si je promettais de venir me faire soigner et changer mes bandages tous les matins sans exception. Même si j'avais fais ma tête de mule pour qu'on m'accorde ce droit, ça ne changeait pas grand chose dans les faits. Je passais mon temps à dormir ou plutôt essayer si ce n'était pas mon corps qui tombait d'épuisement. Et quand il devenait nécessaire de se lever, sortir et se mêler aux pensionnaires pour les repas, je m'appliquais à fuir les regards. Ceux d'Eidan dont je ne pouvais retirer l'image de son double au sol de derrière mes rétines. Ceux de Paloma qui était venue assister à notre retour mais que je n'avais pas le courage d'affronter ou d'en supporter l'inquiétude. Ceux de cette fille d'Athèna dont j'avais instantanément oublié le prénom et qui persistait à vouloir éponger sa dette.

    Je n'avais pas non plus la force la force de me confronter aux railleries de Rider que j'avais fini par ignorer, ni aux piques acérées d'Aleksa après les dernières festivités, ni aux éclats de colère de Billie. Je n'avais jamais eu l'intention de me faire détester par tout le monde ! Je les détestais tous certes mais je voulais juste être invisible, qu'on me lâche, qu'on me laisse pour au moins quelques milliers d'années mais c'était apparemment trop demander pour la chasseresse ! Encore ce soir, elle avait trouvé le moyen de mettre le feu aux poudres et j'avais craqué. Les mots étaient sortis tout seuls. Ce n'était pas un secret, tout le monde savait qu'elle n'avait pas été choisi pour la Grande Quête parce qu'elle était trop instable.

    Au fond de moi, je les regrettais. J'étais presque jaloux d'elle, qu'elle n'eut pas à y mettre les pieds.

    Et cette lettre... Ce fantôme qui aurait dû brûler dans les flammes du brasero. Cette ombre terrible qui m'était revenue comme un boomerang pour m'achever. Non pas ce soir. Ce soir, je veux juste dormir et oublier.


    ———



    Tu ne liras sans doute jamais cette lettre. Je la destine à un anonyme, un inconnu qui est peut-être déjà loin, qui a peut-être quitté les lieux sans un regard en arrière juste après avoir jeté cette lettre d’adieu. Est-ce que c’est toi, qui la tiens dans tes mains, ou est-ce qu’elle a atterri dans celles d’un autre, ou dans celles d’une harpie, pour disparaître pour de bon ?

    Il n'avait fallu qu'une lueur de défi mêlée de rage. Une envie sourde de savoir qui pouvait bien avoir violé les lignes de mon intimité, qui pouvait avoir le culot ou l'audace de lire les mots qui ne lui étaient pas adressé et m'en retourner d'autres aussi vides. Non, cet inconnu ne saura jamais si elle m'était bien parvenue mais ces premières lignes me donnaient envie de le retrouver pour faire un exemple. Un exemple vraiment sale.

    Je ne le saurai sans doute jamais. C’est un peu stupide, non ? C’est comme lancer une bouteille au large, à quelqu’un de précis et pourtant si flou. C’est comme lâcher un morceau de soi dans le vide et s’accrocher à l’espoir un peu fou qu’il soit réceptionné. Et relancé. Je préfère croire qu’il ne le sera pas. Que cette lettre restera sans réponse, parce que c’est l’option la plus probable, la plus réaliste, non ? Parce que les rêves ont été inventés pour s’opposer à la réalité.

    Mis à part le style fluide, agréable et les lettres presque calligraphiées, l'auteur ne laissait aucun indice. Des mots aussi creux que les cavités qu'ils avaient laissé sur le papier. Des mots qui commençaient sincèrement à me taper sur le système. Qui pouvait bien avoir perdu son temps à écrire ce genre de conneries qu'on retrouve dans des bouquins à l'eau de rose pour gamine effarouchées ? Mes doigts me démangeaient de les déchirer sans plus attendre. Mettre un terme à l'affront, sauvegarder la mémoire de Théa, sauvegarder le souvenir précieux de ce que je lui avais promis. Son nom avait alors percuté mes iris plus bas, au paragraphe suivant.

    Je ne sais même pas pourquoi je te parle. Ou plutôt, je sais pourquoi, mais j’ignore pourquoi tes mots ont trouvé une telle résonance en moi. Pourquoi il me semble que cette lettre, qui ne m’est pourtant pas adressée, a été écrite pour moi. Ou pourquoi il me semble que ces mots pourraient être les miens. Pourquoi, malgré toutes les désillusions, j’ai eu envie, moi aussi, de garder espoir, comme cette fille aux yeux de lune que tu t’apprêtes à rejoindre. Pourquoi j’ai eu envie d’être Théa, juste quelques minutes, juste le temps de te promettre que je ne resterais pas seule. 

    Il m'étais difficile de déglutir et si mes mains tremblaient à nouveau, ce n'était pas de haine. Mes doigts avaient relu la ligne comme pour y trouver un message caché en braille. Je ne resterais pas seule.

    Qui était cette inconnue ? Ces mots... ces mots si douloureux qui avaient fait une étincelle au fond de moi. Pourquoi avais-je eu envie qu'elle soit Théa ? Que ces mots soient les siens, véritablement. Pourquoi, alors que je savais parfaitement que ce n'était pas la vérité, ils m'avaient réchauffé l'âme et raté un battement ? Pourquoi les avais-je lu avec sa voix, douce et feutrée comme un champ de lavande ?

    Parce que je ne suis pas seule. Une boulette de papier froissée a fait irruption dans ma vie pour me le rappeler. 

    Mon torse se crispa m'arrachant un gémissement. J'avais trop remué et le bandage entourant mes côtes s'était de nouveau teinté. Pas un champ de lavande, mais de coquelicot.


    ———



    J'avais emporté la lettre à l'infirmerie sans m'en rendre compte. Ou peut-être était-ce inconscient ? J'avais passé la nuit suivante alité, le cou tordu pour atteindre les mots que je ne pouvais pas porter à mes yeux au delà de mon avant bras. Je l'avais lue et relue une bonne centaine de fois, butant encore et encore sur les mêmes lettres jusqu'à en perdre leur sens ; sans pouvoir poursuivre, par ailleurs ; me cantonnant à ces quelques paragraphes, ceux que je présentais les plus anodins. Pour une raison qui m'était inconnue, celle qui avait pris le temps de les rédiger était capable de... m'émouvoir ? Non ce n'était pas le bon terme. Elle m'intriguait, elle m'invitait à un voyage étrange et maladroit dont nul ne pouvait connaitre l'issue. La possibilité aussi incroyable que saugrenue de ... partager ? Non, non, ça ne pouvait pas être cela. Comment une inconnue pouvait ainsi ouvrir les bras sans n'avoir aucune idée de ce à quoi s'est s'exposer ? Qui pouvait être assez généreux ou fou pour s'y risquer ? S'abandonner complètement à une chute dont on ne sait ni la hauteur ni la nature du sol. Généreux ? Fou ? Ou suicidaire ?


    Je me demande si la question te tourmentera encore cette nuit, où si tu as déjà trouvé ta solution. Je me demande si tu pourras un jour dire ces mots de vive voix à Théa. Peut-être que non, finalement. Sinon, cette lettre n’aurait pas atterri entre mes mains.

    Si par hasard tu lis ces mots, je voudrais juste te dire merci. Et si tu es déjà parti, j’espère que ce n’est pas un voyage sans retour. Moi aussi, je déteste les fins.



    ———



    Moi aussi, je déteste les fins. Merci à toi.



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    To you alone [Billie/Kleman] Empty Re: To you alone [Billie/Kleman]

    le Jeu 3 Déc 2020 - 1:31
    Elle avait failli la reprendre, les premiers jours. Il avait été facile de l’écrire, lorsque tout lui paraissait clair, lorsque l’impulsivité avait pris le dessus pour balayer toutes ses hésitations. Moins facile avait été l’attente, insupportables avaient été ces jours où il ne s’était rien passé, et c’était presque une torture que de constater chaque jour que ses écrits étaient encore là où elle les avait laissés, à la portée de n’importe quelles mains, y compris les siennes. Tentante avait été l’option qui la taraudait, celle de se saisir du papier griffonné de toutes parts pour le jeter dans le feu – ou peut-être pour le garder parmi ses affaires personnelles, là où elle pourrait relire les mots qui avaient su l’apaiser un peu, la distraire d’une solitude qui n’était pas aussi absolue qu’elle le pensait – mais la curiosité avait été plus forte que l’impatience. Et le besoin impérieux qui l’avait saisie à la lecture, ce besoin de s’échapper de son monde, ce besoin de se sentir connectée à quelqu’un par un lien aussi incongru que cette rencontre fortuite et épistolaire, ce besoin-là avait été plus fort que tous les doutes qui l’assaillaient alors qu’elle patientait, cherchant chaque jour – et plus d’une fois – sa lettre du regard dans l’espoir de ne pas la retrouver d’abord, puis d’en trouver une autre à la place ensuite. Alors Billie attendait, luttant contre la tentation d’abandonner cette entreprise ridicule et insensée.

    Elle avait attendu longtemps ainsi, dans le vide, s’accrochant à un espoir qu’elle-même avait décrit comme futile dans sa réponse. Puis elle avait cessé. Tout cela ne servait à rien. Elle n’aurait jamais de réponse. La réalisation avait fait mal, plus mal qu’elle ne l’aurait dû – elle ne le connaissait même pas, alors pourquoi s’accrocher à ce point à une chimère ? – mais au moins se sentait-elle un peu plus libre, à présent qu’elle n’attendait plus rien de cet inconnu, à présent qu’elle avait décidé de poursuivre sa vie sans lui prêter attention. Alors les coups d’œil vers la dalle s’étaient espacés jusqu’à presque disparaître, et si par hasard il arrivait à son regard de dériver vers ce point, elle n’espérait plus rien trouver lors de son observation – alors pourquoi, malgré tout, la pointe de déception était-elle toujours là ?

    Billie soupira et, plus par un réflexe las que par envie, tourna la tête vers l’endroit où elle savait se trouver sa lettre, avant de cligner des yeux plusieurs fois. Son observation dura quelques secondes – trop longues, elle risquait de se faire repérer – et passée la surprise, les commissures de ses lèvres tremblèrent légèrement, avant qu’elle ne se ressaisisse. Elle ne pouvait pas se permettre d’espérer. Oui, sa lettre avait disparu, mais cela ne voulait rien dire. Strictement rien. Alors pourquoi se sentait-elle un peu plus légère d’un coup ?

    *

    Son couteau traversait les multiples étages de ses lasagnes en des gestes délibérément lents qui tranchaient avec son intense agitation intérieure, que trahissaient les battements rapides de ses pieds sous la table. Elle s’efforçait de ralentir chacune de ses actions, comme si ce simple fait pouvait suffire à accélérer le temps autour d’elle par contraste. Et si son corps était bien là, assis sur ce banc parmi ses sœurs d’armes, son esprit, lui, était absent, virevoltant dans les airs pour surplomber les bavardages qui l’entouraient, s’envolant toujours plus haut, mais toujours vers la même direction. Avant d’être brusquement ramené à terre par un corps impatient.

    Billie trépignait.

    En dépit de tous ses efforts, son trouble ne passait pas inaperçu, et elle se crispa, sa fourchette restant un instant de trop immobile dans les airs – instant fatal pour la pâte recouverte de sauce tomate qui s’écrasa dans l’assiette qu’elle avait quittée un instant plus tôt – lorsqu’une Chasseresse lui posa la question, innocente, soucieuse, banale. Une question à laquelle elle ne voulait pas donner de réponse honnête.

    Oui, oui ça va.

    Non, non, ça ne va pas, vous êtes trop lentes et trop nombreuses, et je voudrais que tout le monde s’en aille, pourquoi vous traînez autant ? La jeune fille hocha lentement la tête, peu convaincue par cette affirmation en demi-teinte mais malgré tout assez habituée aux états d’âme de Billie pour ne pas insister. Elle coula néanmoins un bref regard vers une table de l’autre côté du réfectoire, avant de se détourner, non sans observer d’abord brièvement Billie du coin de l’œil, avec une sorte d’appréhension. Un pur réflexe poussa la fille d’Aphrodite à suivre la trajectoire qu’avaient empruntée les yeux de sa sœur, avant qu’elle ne reporte immédiatement son attention sur la forme vermeille qui reposait dans son assiette. Bien sûr. C’était une excuse facile, c’était l’explication évidente à tous ses maux depuis son dernier éclat, c’était le coupable idéal. La rage bouillonnait toujours en Billie quand elle repensait à ce soir-là, et le simple souvenir de ses mots crachés avec fureur suffisait à troubler le calme qu’elle parvenait à maintenir la plupart du temps.

    Elle avait envie d’étouffer Kleman avec ses propres paroles.

    Elle avait envie de lui asséner les siennes à son tour, celles qu’elle n’avait pas eu le temps de rétorquer, celles qu’elle n’avait pas pensé à hurler et qui depuis l’assourdissaient. Tu veux parler d’instabilité ? Regarde-toi, même pas capable de passer une soirée avec d’autres êtres humains sans les chercher à les blesser. Tellement brutal et fier que t’es pas capable de supporter le moindre contact sans te mettre à mordre. Tu veux parler d’instabilité après m’avoir sauté à la gorge avec tes mots agressifs ? Elle avait envie de lui faire mal, vraiment mal. Physiquement. Psychiquement. Il lui suffisait de traverser le réfectoire et de laisser éclater sa colère. Ce serait si facile. Si satisfaisant. C’était la réaction la plus logique, celle de blesser en retour, sur la défensive. C’était la réaction la plus attendue, à en croire les coups d’œil anxieux que lui jetaient parfois ses sœurs lorsqu’elle avait le malheur de croiser cet imbécile prétentieux et que la tension s’amoncelait dans l’air qui les séparait. C’était la réaction la plus instable aussi. Celle qui donnerait raison à Kleman.

    Alors Billie prenait sur elle, pour lui donner tort. Billie s’efforçait de conserver un masque impassible en sa présence, Billie s’efforçait de se persuader qu’il n’existait pas, presque dans l’espoir que son indifférence suffirait à le faire disparaître, à le rendre invisible à ses yeux, à lui retirer toute importance dans son existence, car alors elle ne se soucierait plus de ses mots, si durs soient-ils. Et Billie prit sur elle, une fois encore, alors que sa tête se relevait pour balayer du regard la foule un peu disparate mais encore trop nombreuse qui occupait le réfectoire. Son regard survola la silhouette haïe sans s’y accrocher, et Billie se persuada qu’elle était satisfaite. Voilà. Il n’aurait rien de plus que cette froide négation de son existence. Il n’aurait rien d’autre que son silence, car il ne méritait pas ses mots, pas même les plus acérés d’entre eux.

    Pour se distraire, Billie autorisa son regard à dériver brièvement vers la dalle qui occupait toutes ses pensées, et ses pieds reprirent leur danse sous la table alors qu’elle constatait que le papier froissé était toujours là. Elle l’avait remarqué au début du repas et le temps semblait s’étirer à l’infini tandis qu’elle se retenait de se jeter sur la lettre pour la déplier et la lire immédiatement. Attendre, elle devait attendre, mais n’avait-elle pas attendu assez longtemps déjà ? Elle mit un nouveau morceau de lasagnes dans sa bouche, le mâchant au ralenti tandis qu’autour d’elle les pensionnaires désertaient les lieux au compte-gouttes. Bientôt, elle serait seule, et alors elle pourrait récupérer la missive pour la mettre en lieu sûr, avant de pouvoir la lire tranquillement.

    L’attente allait encore être interminable. En valait-elle seulement la peine ?

    *

    Salut,

    Un souffle vif s’échappa de ses lèvres alors que le soulagement envahissait sa poitrine contractée par l’appréhension et désormais secouée par un léger rire. Elle se sentait presque stupide à présent. Comment avait-elle pu en douter ? Comment avait-elle pu craindre que ce ne soit pas lui ? Ses mains, qui avaient à peine osé ouvrir la lettre de peur qu’il ne s’agisse que d’un leurre, d’une farce de mauvais goût, s’y accrochaient à présent avec fermeté, comme si le papier pouvait leur échapper pour s’envoler à jamais. Il avait répondu. Il avait répondu, et une partie des incertitudes de Billie s’étaient dissipées dans une calligraphie familière constellée de ratures. D’autres s’accrochaient, plus résistantes, plus vicieuses, et ne seraient apaisées qu’à la lecture des mots qui traversaient le papier de part en part. Il avait répondu, certes. Mais qu’avait-il répondu ? Billie était aussi impatiente que nerveuse, mais le premier sentiment fut vainqueur dans cette lutte, et elle s’attaqua à son déchiffrage en tentant d’ignorer le second.

    Tu as du t'en rendre comptes : j'ai très longtemps hésité à te répondre. Une énorme partie de moi ; blessée, curieuse et craintive ; souhaite évidemment savoir qui tu es. Mais l'autre préfère garder le mystère, l'illusion de qui tu pourrais être ou simplement fermer les yeux pour que ça ne soit jamais vraiment réel. Peut-être devines-tu laquelle je pense écouter. Pour toi l'espoir est cruel, pourtant il m'a permis de rester en vie et toi d'écrire cette lettre. Est-ce si atroce ? J'ose croire que je ne serais pas déçu. Et si ton rêve est de recevoir une réponse alors j'ose espérer que tu ne le sois pas non plus.

    Pour être franc, j'ignore également pourquoi je me retrouve assis dernière mon bloc note pour te répondre. Je n'avais pas prévu de poser à nouveau des mots sur papier, ou de les partager avec quelqu'un. Une mauvaise habitude que de parler à des fantômes.


    Elle avait presque lu d’une traite les lignes qui noircissaient la feuille, s’accrochant en dépit des lettres qui jouaient tantôt à saute-mouton, tantôt à cache-cache, s’entêtant en dépit de la calligraphie parfois trop petite ou approximative et des ratures qui accentuaient le brouillard qui entourait les mots qu’elle s’efforçait tant bien que mal de déchiffrer. Elle ne se décourageait pas, et ses efforts n’étaient pas vains, non, car le message en valait la peine, tout comme les émotions qui la traversaient lorsqu’elle venait à bout d’une phrase. Puis d’une autre. Encore et encore et encore. Soulagement, espoir, connivence. La pensée qu’il déroulait avec application sur le papier formait par moments une pointe si affutée et précise que Billie en avait presque le souffle coupé. Une mauvaise habitude que de parler à des fantômes. Avait-il deviné son identité, pour que le choix des mots soit si ironique ? Se jouait-il d’elle ou bien la coïncidence n’était-elle que le produit de deux mondes distincts et pourtant étrangement similaires qui s’entrechoquaient ? Grisée par l’espoir que le discours de cet inconnu avait ravivé en elle, Billie s’autorisa à croire à la seconde hypothèse, se laissant envahir un instant par le sentiment apaisant que quelqu’un la comprenait.

    Je crois que je t'en ai énormément voulu d'avoir posé les yeux sur quelques sentiments qui n'appartenaient qu'à moi, d'avoir brisé le fin cocon de ce que j'avais le plus cher.

    L’euphorie retomba avec brutalité tandis que Billie arrêtait sa lecture, de peur d’affronter d’autres reproches parmi les quelques lignes qui la séparaient encore de la fin de la lettre. Quelque chose s’était logé au creux de son ventre et elle voulait revenir en arrière pour oublier cette phrase qui ternissait toutes celles qui avaient précédé. Il lui en voulait. Bien sûr qu’il lui en voulait. Elle pouvait comprendre, elle qui entrait parfois dans des colères explosives si l’on avait l’audace de fouiller dans ses affaires personnelles pour dévoiler son intimité. Comment aurait-elle réagi, si quelqu’un avait lu une lettre qu’elle aurait adressée à Sara, et si cette personne avait ensuite, comble de l’indiscrétion, écrit une réponse à un message qui n’en attendait pas ? La culpabilité commençait à poindre, en même temps qu’une incompréhension teintée d’admiration à mesure que Billie réalisait à quel point tenir ce papier entre ses mains était improbable. A quel point il était exceptionnel que cet inconnu ait pris la peine  de lui répondre, alors qu’il aurait pu – aurait – ne lui adresser que des insultes et reproches amplement mérités, dans le cas où il aurait seulement daigné accorder ce temps à la personne qui avait violé son intimité sans aucun scrupule. Il aurait pu ne rien répondre. Mais il l’avait fait, et ce seul fait donnait à Billie une raison de poursuivre la lecture qu’elle avait interrompue.

    Je m'en suis ensuite voulu d'avoir permis à une inconnue de plonger directement à travers ma carapace.
    Mais même si tu n'es pas Théa, je ne peux m'empêcher de me sentir troublé devant ta promesse. Un mélange étrange de soulagement et de gratitude. Je crois que j'avais espéré une réponse en quelques sortes, n'importe laquelle.

    Je... J'ai beaucoup raturé, j'en suis désolé. En effet tu n'es pas seule. Jamais. Ou du moins ... plus maintenant.


    Elle inspira profondément et déglutit laborieusement, tentant de modérer un peu l’émotion pure qui la prenait à la gorge en lisant ces mots qui appliquaient un baume apaisant sur les craintes que ceux qui les avaient précédés avaient provoquées. Comment une simple suite de phrases pouvait-elle la plonger dans des états si contradictoires aussi brusquement ? Ce n’étaient que des mots. Ils ne pouvaient pas l’affecter autant. Ils n’avaient pas le droit. Il n’avait pas le droit. Mais il le prenait sans aucun scrupule, et Billie ne savait pas si elle devait lui en vouloir ou lui en être reconnaissante. Et à défaut de trouver la réponse dans ses pensées chaotiques, elle se plongea de nouveau dans sa lecture.

    C'est un peu idiot de l'observer à ce stade-là mais je ne suis pas encore parti. Ce n'est pas l'envie qui manque, je crois même avoir trouvé ma porte de sortie. Ce sera,  malheureusement pour toi, sans retour. Je n'ai pas encore tout planifié mais ça ne sera pas une fin. Une nouvelle aventure, un nouveau chapitre, rien n'est vraiment terminé tant qu'il reste une trace.

    Il restera ces lettres si tu continues à me répondre.


    Elle avait fermé les yeux. Comme si l’obscurité pouvait effacer les mots qu’elle n’avait lus qu’une fois et qui s’étaient pourtant douloureusement incrustés dans sa poitrine. Sans retour. Au fond d’elle, une voix ricanait – tu sais bien que c’est toujours comme ça – oui Billie savait, elle ne le savait que trop bien, mais non, Billie n’avait pas envie d’y penser, pas envie de regarder la vérité en face, pas envie d’admettre qu’en dépit de tous ses efforts, elle n’avait pas gardé sa froide distance, qu’en dépit de son déni, elle en avait trop attendu, qu’en dépit de toute sa prudence, elle allait de nouveau perdre quelqu’un. Et souffrir. Un sourire amer se dessina sur son visage tandis qu’elle laissait la lettre tomber à côté de son lit, sans même penser au fait que le papier risquait d’attirer les regards puis les questions indiscrètes. Billie n’en avait rien à faire. Elles pourraient poser leurs questions, il n’y aurait rien à répondre, puisqu’il n’y avait pas encore eu de véritable échange, et il n’y aurait plus rien à cacher, puisque le lien ténu qui avait existé un tant soit peu se rompait avec cette dernière lettre, à laquelle elle ne répondrait pas. Elle avait suivi son impulsion, la première fois, écrivant plus pour elle-même que pour un autre, livrant ses pensées dans un néant de brume où elle n’était pas certaine de recevoir en retour plus que le simple écho de sa voix. L’inespéré s’était pourtant produit, et elle avait naïvement cru qu’ils pourraient hurler en ricochet dans les nuages pour un temps indéfini, peut-être même infini. La fin de la lettre avait mis fin de manière abrupte à son illusion.

    Très bien. Il voulait partir ? Qu’il parte. Il ne lui manquerait pas. Il ne comptait pas. Et elle ne le laisserait pas compter. Pas si elle était assurée de le perdre ensuite.

    *

    Rien n'est vraiment terminé tant qu'il reste une trace.

    Le papier était toujours soigneusement rangé parmi ses affaires, déposé avec soin comme une relique précieuse, de celles qu’on n’ose pas toucher, ni pour les détruire, ni pour les admirer. Elle n’avait pas relu les mots, pas une seule fois, mais certains s’étaient imprimés dans sa mémoire, avec une précision relative quant à la forme, mais une acuité exceptionnelle concernant le fond. Et elle les détestait presque autant qu’elle les chérissait. Presque. Parce que malgré tout, malgré la déception, malgré la rancœur, malgré la peur, ses mots avaient encore une fois touché juste. Parce qu’une envie sourde de répondre quand même la saisissait, en contradiction absolue avec ce dont elle se persuadait depuis quelques jours.

    Il restera ces lettres si tu continue à me répondre.

    Mais je ne te répondrai pas.


    Elle avait passé une année à consolider ses barrières relationnelles, n’acceptant de s’ouvrir véritablement que lors des rares cas où la perte était une menace moins présente. Elle avait passé une année à ajouter des briques au mur de superficialité qui l’entourait, fuyant inévitablement dès lors que le ciment s’effritait pour laisser entrevoir un peu de son authenticité. Elle avait passé une année à briser un par un les liens qui l’unissait aux quelques pensionnaires qui avaient été pour elle une famille, s’assurant de ne pas souffrir par la suite quand la fin de ces relations se serait esquissée sans qu’elle n’en ait le choix. Elle ne pouvait pas laisser les lettres d’un inconnu ébranler le fragile édifice qu’elle avait mis une année à bâtir. Elle était déjà allée à l’encontre de ses principes une fois, s’autorisant à montrer dans sa lettre une parcelle de vulnérabilité à laquelle peu d’autres avaient eu accès. Elle ne commettrait pas de nouveau cette erreur.

    Parce qu’il allait partir, et que la perte n’était plus seulement un risque, mais une certitude.

    Et pourtant…

    Tu n'es pas seule. Jamais. Ou du moins ... plus maintenant.

    Pourtant, elle avait terriblement envie de répondre à ces mots qui l’avaient profondément touchée, terriblement envie de laisser ses émotions s’exprimer à travers son stylo, terriblement envie de ressentir de nouveau le soulagement sincère et la myriade d’émotions incompréhensibles qui la saisissaient alors qu’elle découvrait chacune de ses lettres, terriblement envie de ressentir aussi l’apaisement, même minime, qui s’emparait d’elle alors qu’elle livrait au papier ce qu’elle refusait d’avouer à voix haute. C’était si facile de lui écrire avec sincérité, si facile de se dévoiler ainsi à quelqu’un qui ne la connaissait pas, quelqu’un qui ne la voyait pas, quelqu’un qui n’avait pas de préjugé, pas d’idée toute faite à son sujet. C’était si facile de faire tomber tous les masques quand l’apparence n’entrait pas en jeu. C’était si facile de tout dire à quelqu’un qui jamais ne pourrait révéler ses secrets. C’était si facile d’être vraie face à quelqu’un qui ne serait bientôt plus là pour en témoigner.

    Billie n’avait pas à craindre de trop en dire, puisque cela n’aurait bientôt plus aucune importance. Billie n’avait pas à craindre de montrer ses failles, puisqu’elle le perdrait quoi qu’elle fasse. Billie était libre. Libre, pour la première fois depuis bien longtemps – depuis toujours ? – de ne pas se soucier des apparences. Parce qu’il partait, son inconnu lui offrait un cadeau inestimable. Oui, Billie était libre. Libre de profiter des bienfaits de cette correspondance tant qu’elle durerait. Libre, ensuite, d’oublier cet étranger de passage. Ou plutôt de s’en souvenir sans que les réminiscences ne soient teintées d’amertume. Parce qu’elle savait dès le début à quoi s’attendre.

    Elle était libre de répondre à cette lettre, et ce envers et contre tous les risques que cela impliquait.


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    Merci Solan, pour cette beauté ♥️
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